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Ceci est un billet (d’humeur) pour vous faire partager un peu de chacune de nos escales dans le monde du ballon rond. Pour avoir l’intégralité de notre aventure terrain, il faudra attendre notre billet de retour en France ! Mais vous avez de la chance, notre série de documentaires est déjà en montage.

Rien ne sert de courir, il faut partir loin !

Et si le football offrait un salaire minimum finalement…

Dans les andes, pas de DNCG (impossible à traduire en Quechua !). La police du football s’organise autour du « Senior Presidente » de la communauté, de sa vice-Présidente et surtout de sa trésorière : la forte tête d’un staff modeste.

Les transferts ne concernent que le tarif des trajets aller-retour jusqu’au terrain. Un camion à ciel ouvert qui mène les footballeuses andines d’en bas jusqu’à tout en haut, à 4000 mètres dans la montagne, où d’autres adeptes de coups de pieds les attendent, échauffées. Le foot, cet ascenseur social !

Les montants ne flambent pas, ils se payent en sols : la monnaie qui met du soleil dans les coeurs et de la bougeotte dans les jambes.

L’arbitre n’a pas de sifflet juste de l’admiration… Il ne stoppe le jeu que lorsque le ballon ne gère plus leurs coordinations motrices tous azimuts et dévale la pente au lieu de se trouver un but.

Les supporters meuglent, aboient, bêlent, et “lamatent” sans cracher leur haine ni se lamenter, juste pour faire savoir qu’ils suivent pour le meilleur et se groupir.

Les maillots sont en alpaga, ont des boutons sans pression. Tous les shorts n’ont qu’une sortie et mille broderies. Pour ce qui est de la couleur des tenues, elles se lient sur les visages. A chaque ballon reçu, c’est un test à la bonne mine : si tu veux t’assurer de faire la passe à une coéquipière, tu dois maîtriser l’orientation partagée et obligatoirement lever la tête, même en crise de temps.

Car le temps, c’est de l’argent. Et pour les voir jouer, il faut payer.

Sortir du blé pour entrer dans le champ.
Les couvrir d’or pour tisser du lien collectif.
Elles veulent gagner en courant ce que d’habitude elles cultivent en suant.

Elles sont agricultrices et artisanes chaque jour, footballeuses pour les grandes occasions. Et l’occasion fait le dindon ! Le touriste n’y accède qu’avec un bon bifton en guise de dédommagement du temps perdu à jouer plutôt qu’a travailler, ou plutôt du temps gagné à vivre au lieu de résister…

Une sorte de prime de jeu pour déjouer l’idée d’une existence passée à s’arracher les mains alors qu’elles ne demandent qu’à libérer leurs pieds.

Car finalement, ce football est spectacle, le plus beau des Andes.

La valse animée de ces femmes Quechuas fait pâlir de jalousie le Machu Picchu. Elle est une merveille du monde vivante et vertueuse. Elle danse, s’agite, rit, cogne, percute et donne une sacrée leçon de business aux fervents partisans d’un plaisir, le plaisir le plus pur qui soit : le bonheur.

Et si, finalement, le football offrait un salaire minimum ?

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